CORED, Produit Rien, Montréal, 2026
Lucy Gill and Josh Jensen



Tart and sweet, bright and warm—the scent of stewing apples hangs in the air here, carrying a domestic feeling, immediate and dense, of kitchens and windowsills. The residual fragrance is one slice of the apple for us to examine, laid out in the space like ingredients on the small worktable. Ten years ago, the smell of fermenting soy enveloped this space when it was used to produce tofu, organic remnants later left to rot on the presses and floors. (1) Now, there is also the kitchen-studio-laboratory space inhabited by Lucy Gill and Josh Jensen. There is the tangy chew of apple leather samples, some modulated by rosehips or blueberries. The Tklapi display rack and the shelves lined with jars gesture to Georgian and Mormon traditions of preservation, gathering fruit and time, eight hours a day once a week, into a shared rhythm of labour and company.

CORED is slowly brought to a simmer: peeling apples (spiraling skin), hosting friends, cores and seeds set aside, chopping apples, chatting, cooking them till soft and mushy with a bit of lemon juice. Then blended up until smooth—“applesauce,” perhaps, if we were to spoon it into a bowl, but something else—raw material as a thickish paste, a sweet pulp—if put to another use, as in Lucy and Josh’s shared practice. 

They propose two structures of apple time: fermentation, on one hand, where decay unfolds through the cores’ own juices and sugars, combined with water and a vinegar starter—lively, sour, ever-changing. On the other, dehydration, which lures moisture out of the pulp, leaving behind a concentrated preserve, a skin-like surface, a stillness. Stretched across the windows, the fruit leather is material for piecework, for altering light.

Their process is one of stretched time—of gradual accumulation, repetition, and preservation. As feminist theorist Karen Barad writes, “matter in its iterative materialization is a dynamic play of in/determinacy. Matter is never a settled matter. It is always radically open.” (2) In working with the apple’s temporality, Josh and Lucy draw our attention to its attendant possibilities and realities: of stickiness, of deepening hue, of sustenance to be shared, of tomorrow, of next year. (Of an end, maybe: eaten, moth-nibbled, redistributed, decomposed.) Each week the days get longer and the sun moves through the space sequentially, illuminating first the shelf, now the table, now the display rack. Tasting unfolds in a similar way, writes Roland Barthes, in a progression of “entrances, returns, overlappings.” (3) Small squares of leather are lined up, piece by piece, sweet lenses gathered to form a larger framework. 

Conversation, demonstration and shared labour all contribute to the liveliness in the room, open and invitational, participatory and collaborative. There is this active, generative slipperiness between kitchen-studio and exhibition, thinking and making, making and digesting, food and material, preserved yet still unfixed—[here: time’s rush forward].

All of these things simmer pleasantly in the stomach of the space and I think about fermentation as a group activity, a mutually-constituted reality. One thing leaks into another, sequential and circular: steel wool in the vinegar to make a stain, a peeler passed hand to hand in the course of a sentence, the warm tang of the leather lingering in my mouth through the cold afternoon.  

(1) Stephan Dussault, "Du tofu pas si soyeux," le Journal de Montreal, Vendredi, 22 mai 2015, https://www.journaldemontreal.com/2015/05/22/du-tofu-pas-si-soyeux. 
(2) Karen Barad, "On touching—The Inhuman That Therefore I Am," Differences: A Journal of Feminist Studies 23, no. 3 (2012), 214-215.
(3) Roland Barthes, "Reading Brillat-Savarin," in The Rustle of Language, trans. Richard Howard (University of California Press, 1986), 250.

Hannah Ferguson

With thanks to: Karen Trask, Paul Litherland, Gwynne Fulton, Thomas Alexandre, Hannah Blair, Joé Côté-Rancourt



Acidulée et sucrée, vive et chaleureuse, l'odeur de pommes mijotées flotte dans l'air, évoquant une atmosphère domestique, immédiate et dense, celle de cuisines et de rebords de fenêtres. Le parfum persistant ici nous est présenté tel une tranche de pomme à examiner, disposé comme des ingrédients sur une petite table de travail. Il y a dix ans, l'odeur du soja fermenté emplissait cet espace lorsqu’il servait de lieu pour la production de tofu, leurs résidus organiques laissés par la suite à pourrir sur les presses et le sol. (1) Aujourd'hui, on y trouve l'espace cuisine-atelier-laboratoire de Lucy Gill et de Josh Jensen. L’arôme des échantillons de cuir de pomme qui nous sont laissés est parfois agrémentés de cynorrhodons ou de bleuets. Le présentoir à Tklapi et les étagères remplies de pots mason rappellent les traditions de conserve géorgiennes et mormones, on y amasse les fruits ainsi que le temps, huit heures par jour une fois par semaine, créant un rythme partagé de travail et de compagnie.

CORED est préparé à feu doux : on y épluche les pommes (leur peau en spirale), on y reçoit des amis, les trognons et les pépins sont mis de côté, les pommes coupées. On placote, on fait cuire les pommes jusqu’à ce qu’elles soient tendres et fondantes avec un peu de jus de citron. Elles sont ensuite mélangées jusqu’à obtenir une consistance lisse – si on versait le tout dans un bol ce serait une compote, mais ça reste autre chose – une matière première sous forme de pâte épaisse, une pulpe sucrée qui pourrait servir autrement, comme dans la pratique partagée de Lucy et de Josh.

Deux structures temporelles nous sont proposées pour la pomme : d’un côté la fermentation, où la décomposition se déploie par l’entremise du jus et des sucres contenus dans les trognons qu’on a combinés à de l’eau et à un levain de vinaigre. Un processus vif, amer, et en évolution perpétuelle. De l’autre côté, la déshydratation qui extrait l’humidité de la pulpe, laissant une confiture concentrée en forme de surface semblable à une peau. Étalée sur les fenêtres, cette pâte devient une courtepointe, y altérant la lumière.

La démarche des artistes s'inscrit dans un temps étiré, accumulé, répété et préservé progressivement. Comme l'écrit la théoricienne féministe Karen Barad, « la matière, dans sa matérialisation itérative, est un jeu dynamique d'indétermination. La matière n'est jamais figée. Elle est toujours radicalement ouverte. » En travaillant avec la temporalité de la pomme, Josh et Lucy attirent notre attention sur ses possibilités concomitantes, sur ses réalités : sa capacité d’adhérence, l’approfondissement de sa teinte, sa capacité d’être partagé, son lendemain, son cycle de vie. (D’une fin, peut-être : mangée, mitée, redistribuée, décomposée.) Chaque semaine, les jours se rallongent et le soleil parcourt l'espace, illuminant d'abord l'étagère, puis la table, puis le présentoir. La dégustation se déploie de façon similaire, écrit Roland Barthes, dans une progression d'« appréhensions multiples et successives: des entrées, des retours, des chevauchements». De petits carrés de cuir sont alignés, pièce par pièce, comme un vitrail sucré assemblé pour former une structure plus vaste.

Les conversations, les démonstrations et le travail partagé contribuent tous à l’atmosphère vivante de la pièce, ouverte et accueillante, collaborative et participative. On y trouve cette fluidité affairée et créatrice entre la cuisine-atelier et l’exposition – on négocie pensée et création, création et digestion, nourriture et matière, préservées et pourtant encore en mouvement – ​​[ici : le temps poursuit sa course].

Toutes ces choses mijotent agréablement dans l'atmosphère du lieu où la fermentation nous est présentée en tant qu’activité plurale, une réalité construite collectivement. Une chose entraîne une autre, de façon séquentielle et circulaire : de la laine d'acier placé dans le vinaigre pour y laisser une teinture, un éplucheur qui est passé de main en main au fil d'une phrase, la saveur chaude et âcre du cuir qui reste en bouche durant cet après-midi froid.  

(1) Stephan Dussault, "Du tofu pas si soyeux," le Journal de Montreal, Vendredi, 22 mai 2015, https://www.journaldemontreal.com/2015/05/22/du-tofu-pas-si-soyeux.
(2) Karen Barad, "On touching—The Inhuman That Therefore I Am," Differences: A Journal of Feminist Studies 23, no. 3 (2012), 214-215.
(3)Roland Barthes, "Lecture de Brillat-Savarin," dans Le bruissement de la langue (Éditions du Seuil, Essais critiques IV, 1984), 303.

Hannah Ferguson
Traduction par Hannah Blair

Avec nos remerciements à : Karen Trask, Paul Litherland, Gwynne Fulton, Thomas Alexandre, Hannah Blair, Joé Côté-Rancourt


Photos by Josh Jensen